Le biais d'inertie

 

La Minute du Coach

Pablo :  Bonjour Fabian.

Fabian :  Hello Pablo.

Nous allons aujourd'hui parler du biais d'inertie.
De quoi s'agit-il précisément ? C'est une notion qui évoque quoi ?

Déjà, je peux comprendre que pour la plupart des auditeurs, ces deux mots associés, biais d'inertie, soient complexes et que peut-être ils aient déjà envie de zapper sur une autre chaîne.

Mais surtout pas. Restez avec nous pour devenir encore plus intelligent.

Oui, ou plus lucide en tout cas.

C'est le but de la Minute du Coach.

Oui, plus lucide. René Char disait : “La lucidité est la blessure la plus proche de la lumière.”
Et moi, mon travail ici, avec vous, c'est aussi de vous rendre plus lucide, d'avoir une meilleure compréhension de ce qui vous arrive, de ce que vous observez et parfois de ce que vous n'observez pas.
Le biais d’inertie, en psychologie, c'est très connu.
J'avais déjà abordé, lors d'une Minute précédente, ce phénomène assez étrange qui consiste, pour la plupart des gens, à ne rien faire, à ne pas changer un seul paramètre d'une équation alors même que l'équation est désagréable, quand leur vie mais ne fonctionne pas comme ils le souhaitent.
Pourtant, quand je dis “ils”, nous aussi, bien sûr Pablo, nous sommes tous concernés.
Pourtant, nous ne bougeons pas. A l'époque, je vous avais raconté l'histoire de ce chien qui était assis sur un clou.
Aujourd'hui, je reviens là-dessus parce que le biais d'inertie, très connu je le disais en psychologie, c'est ce qui explique que même si nous ne sommes pas heureux de la situation que nous vivons, pour autant nous ne bougeons pas. Nous sommes inertes.

Il y a des raisons probablement ?

C’est propre à notre nature humaine, aussi.
Quand on est un marketeur ou un vendeur, pour faire bouger un client, on va utiliser deux types de motivation. La motivation dite explicite et la motivation dite implicite.
J’ai un ami, Romain Bouvet, qui est un neuroscientifique, vraiment de premier plan. Un neuro marketeur hors norme.
Il nous explique, par exemple, que si je veux vendre un livre de recettes de cuisine italienne, je vais dire :
“Découvrez des recettes italiennes faciles à faire la maison.”
Bon, peut-être que je vais activer une motivation explicite. Mais en réalité, ce qui intéresse le plus chacun d'entre nous, c'est évidemment le regard que porte l'autre sur nous.
Et comme je l’ai déjà aussi expliqué, la question qui précède tout achat est :
“Est-ce que cela me rend socialement plus intelligent ?”
Donc, comment utiliser, dans ce cas, une motivation implicite ?
En disant, par exemple :
“Avec les recettes de ce livre, vous allez surprendre vos amis .”

C'est donc la nuance par rapport à la première proposition ?

C’est plus qu'une nuance.
Dans la première proposition, c’est explicite. J'explique qu’ils vont recevoir de recettes faciles à concocter à la maison.
Dans la deuxième proposition, je leur dis qu'ils vont épater leurs amis et donc être plus intelligents socialement.
Là où je veux en venir, parce que bien sûr, il n’y a pas que des vendeurs et des marketeurs qui nous écoutent, c'est que pour éviter ce biais d’inertie, éviter de tomber dans ce biais d’inertie et pouvoir vous bouger, pouvoir aller vers vos objectifs ou vers vos rêves que vous transformez en projets, il n'y a rien à faire : sans une immense motivation, vous ne bougerez pas !
Il y aura toujours un prix à payer. La question est : “Est-ce que vous êtes prêts à payer ce prix ?”
Est-ce que vous êtes prêts à payer le prix de l'effort dans une salle de sport pour avoir un beau corps ou est-ce que vous vous laissez aller à des petits plaisirs immédiats ?
Comme au restaurant,quand on craque pour un dessert, c’est un petit plaisir immédiat.

Je me sens visé, là.

Oui, tu peux. Moi aussi, je me vise moi-même.
Donc, quand on se laisse aller aux plaisirs immédiats, il va y avoir un déclenchement de dopamine, c'est à dire l'hormone du plaisir.
Bon à savoir : l'hormone du plaisir, la dopamine, va contrecarrer les effets de l'hormone du bonheur qu'est la sérotonine. Ce sont deux neurotransmetteurs.
Donc plus je vais aller vers de petits plaisirs immédiats et plus je vais m'éloigner de plus grands plaisirs à long terme.
Il me semble que c'est bon à savoir.
Tâchez d'identifier des motivations vraiment fortes pour ne pas tomber dans le travers de “je ne fais rien, je me laisse aller” et bougez vous !
Avec détermination et avec discipline.

Merci Fabian.

Avec plaisir.

 

Vitrines et Arrière-boutiques

 

Sud Radio, la Minute du Coach .

 

Pablo :  Bonjour Fabian.

Fabian :  Hello Pablo.

Fabian notre coach sur Sud Radio mais également FormActeur à la Eagle Academy.

On s'envole avec toi pour un nouveau thème aujourd'hui, quel est-il ?

Aujourd'hui je vais vous parler de vitrines et d'arrière-boutiques.

Ah bon, arrière-boutique... Très bien… C'est glauque ça !

A priori je comprends que ça puisse paraître glauque.

Il s'avère qu'on a déjà abordé dans cette Minute du Coach le thème de la comparaison et je vais expliquer à quel point c'est une immense source de frustration de se comparer à l'autre, de se comparer à qui on était, à qui on aurait eu envie de devenir.
Et récemment un de mes amis, Luc Geiger, pour le citer et rendre à César ce qui lui appartient, a attiré mon attention sur un point : quand on se compare, le problème est que l'on compare sa propre arrière-boutique à la vitrine de l'autre.
Et dès lors, le gap, le décalage, est toujours insoutenable.

Si on veut... sauf que l'arrière-boutique peut parfois être incroyable aussi.

Oui, alors il y a ...

Elle regorge de joyaux !

Surement, il y a des greniers comme des cavernes d'Ali Baba. Mais c'est vrai que l'on dit qu'il n'y a pas de grand homme pour son valet de chambre alors probablement il n'y a pas grande vie pour celui qui la vit parce qu'il connaît ses failles, ses faiblesses, tous ses tourments, ses frustrations, ses névroses et il voit le désordre de l'arrière-boutique, la poussière s'accumuler, et tout ce qu'il n'a pas réalisé qu'il aurait eu envie de réaliser. Puis soudain il va découvrir, par exemple dans le fil d'actualité de facebook, que les autres on une vie insensée, qu'ils parcourent la planète, qu'ils ont des tas d'amis et qu'ils mangent dans les meilleurs restaurants du monde.
Et ce décalage-là est insupportable. Quand on creuse un peu chacun peut avoir une jolie vitrine et chacun à coup sûr à une arrière-boutique qui pourrit un peu, qui sent la poussière en tout cas.

Bon vol avec les Aigles, c'est ça ?

La poussière ne nous empêche pas de voler, ce n'est pas grave. Simplement quand vous vous comparez, sachez qu'il y a des arrière-boutiques partout et célébrez aussi les arrière-boutiques. Quand vous voyez un artiste sur la scène, dans les paillettes et les projecteurs, si vous faites le tour et que vous allez dans les coulisses, il s'y passe des tas de choses autrement moins glamour. Mais la vie, c'est ça aussi.

Donc une fois encore comparaison n'est pas raison.

 

 

A côté de combien de choses passons-nous ?

Sud Radio, la Minute du Coach

 

Pablo :  Bonjour Fabian, bienvenu.

Fabian :  Salut Pablo.

De quoi allons-nous parler aujourd'hui ?

Aujourd'hui, je vais vous lire une histoire, une fois n'est pas coutume, une histoire qui n'est pas de moi.

Pour s'endormir ?

J'espère qu'elle va surtout vous “rêve-eiller”.

Merci pour ce joli jeu de mot.

Je l'aime beaucoup, elle m’a énormément inspiré. Je l’ai trouvée sur plusieurs blogs et donc j'ai recoupé les informations. J'ai vérifié, c'est bien une histoire vraie.
Je vous la lis ?

Allez, on y va.

Un musicien de rue était debout dans l'entrée de la station “L'Enfant Plaza” du métro de Washington DC.
Il a commencé à jouer du violon.
C'était un matin froid de janvier. Il a joué durant 45 minutes. Pour commencer, la Chaconne de la deuxième Partita de Bach puis l'Ave Maria de Schubert. Du Manuel Ponce, du Massenet et à nouveau du Bach.
A cette heure de pointe, vers 8h du matin, quelques milliers de personnes ont traversé ce couloir, pour la plupart en route vers leur travail.
Après 3 minutes, un homme d'âge mûr a remarqué qu'un musicien jouait. Il a ralenti son pas, s'est arrêté quelques secondes, puis a démarré en accélérant.
Une minute plus tard, le violoniste a reçu son premier dollar. En continuant droit devant, une femme lui a jeté l'argent dans son petit pot.
Quelques minutes plus tard, un quidam s'est appuyé sur le mur d'en face pour l'écouter mais il a regardé sa montre et a recommencé à marcher. Il était clairement en retard.
Celui qui a marqué le plus d’attention fut un petit garçon qui devait avoir trois ans. Sa mère l'a tiré, pressé, mais l'enfant s'est arrêté pour regarder le violoniste.
Finalement, sa mère l'a secoué et agrippé brutalement afin que l'enfant reprenne le pas. Toutefois, en marchant, il a gardé la tête tournée vers le musicien.
Cette scène s'est répétée plusieurs fois avec d'autres enfants et les parents, sans exception, les ont forcés à bouger.
Durant les trois quarts d'heure de jeu du musicien, seules sept personnes se sont vraiment arrêtées pour l'écouter, un temps.
Une vingtaine environ lui ont donné de l'argent tout en continuant leur marche. Il a récolté 32 dollars.
Personne ne l'a remarqué quand il a eu fini de jouer.
Personne n'a applaudi.
Sur plus de mille passants, seule une personne l'a reconnu.
Ce violoniste était Joshua Bell, l'un des meilleurs musiciens du monde.
Il a joué dans ce hall les partitions les plus difficiles jamais écrites, avec un Stradivarius de 1713, valant 3 millions et demi de dollars.
Deux jours avant de jouer dans le métro, sa prestation au théâtre de Boston était “Sold Out”, avec des prix avoisinant les 100 dollars la place.
C'est une histoire vraie.
L'expérience a été organisée par le Washington Post, dans le cadre d'une enquête sur la perception, les goûts et les priorités d'action des gens.
Les questions étaient :
Dans un environnement commun, à une heure inappropriée,
pouvons-nous percevoir la beauté ?
nous arrêtons-nous pour l'apprécier ?
pouvons-nous reconnaître le talent dans un contexte inattendu ?

Une des possibles conclusions de cette expérience pourrait être :
si nous n'avons pas le temps pour nous arrêter et écouter l'un des meilleurs musiciens au monde, jouant pour nous et gratuitement, quelques-unes des plus belles partitions jamais composées,
à côté de combien d'autres choses passons-nous ?

Bon vol avec les aigles.

 

 

Muscler sa confiance

Sud Radio, la Minute du Coach

 

Pablo :  Bonjour Fabian.

Fabian :  Salut Pablo.

Il est l’heure de muscler sa confiance. C'est tout un programme.

Tu sais, pour certaines personnes, parler à la radio, c’est déjà muscler sa confiance. Parce que ça peut être impressionnant quand on n'a pas l'habitude d'être face à ce micro, avec un casque sur les oreilles, entendre sa voix aussi fort ... Et puis s’entendre à la radio, ce n'est pas banal.
Enfin, pour nous deux, c'est de la roupie de sansonnet puisqu'on est rodé, on est rompu à l'exercice. Toi surtout, d'ailleurs, beaucoup plus que moi.
Du coup, pour nous, ça ne sera pas très intéressant.
Par contre, pour d'autres, qui auraient des difficultés à s'exprimer en public, ce que nous sommes en train de faire est un excellent exercice pour muscler leur confiance.
J’en viens donc à cet aspect, car c'est une demande que je reçois à peu près quotidiennement :
“Je manque de confiance en moi”.
Souvent, d'ailleurs, les gens se trompent entre l’estime de soi et la confiance en soi.
Ce que je suis en train d'expliquer, c'est que la confiance c'est comme le courage, c'est comme le saut d'obstacles, ça s'apprend.
Saut d'obstacles à cheval. Les auditeurs risquent d'en avoir marre de m'entendre parler de chevaux à longueur de semaine.
Mais, en gros, quand vous pratiquez le saut d'obstacles, une fois que vous êtes capable de diriger votre cheval aux 3 allures (pas, trot, galop), on met d’abord une barre au sol. Puis quand ça se passe bien avec une barre au sol, on la lève de 10 cm. Puis de 20,puis de 30, puis 50…
Et un jour - il ne faut pas tellement longtemps - vous franchissez 1 m 40.
Mais vous n'êtes pas passé de 0 à 1 m 40. Vous êtes passé de 0 à 10, de 10 à 20.

Graduellement ?

Graduellement, vous êtes arrivé au 1 m 40.
Et donc, ce n'est plus aussi terrifiant que cela aurait pu paraître au tout début de votre cours d'équitation.
Et bien, pour muscler sa confiance, on a déjà abordé l'intérêt de transpercer sa zone de confort, à l'intérieur de laquelle rien de grandiose, jamais, ne peut se produire.
Ce que je vous conseille, chers auditeurs, tous les jours, c'est de faire quelque chose qui vous met légèrement en difficulté. Puis de nouveau légèrement.
Mais la difficulté va croissant, comme pour le saut d'obstacles.
Par exemple… Je vais prendre des exemples un peu concons, Pablo, sorry.
Mais si c'est difficile pour vous, vous allez dans une pharmacie qui est blindée …

5 boîtes de préservatifs, s'il vous plaît !

Voilà, et taille small, c'est encore plus fort.

Quelle horreur.
J'ai un meilleur exemple. Monsieur le pharmacien, existe-t-il une méthode pour agrandir le pénis ?

Excellent. A priori, c'est plutôt le médecin qui pourrait répondre, bien que internet abonde en propositions de ce genre.
Donc voila, c’est : est-ce que demain je vais oser oser aborder une personne inconnue, oser dire un compliment, même à quelqu'un de proche. Parce que pour beaucoup de personnes, dire un complément ...
Quelle difficulté ! Quelle montagne à escalader ! Parfois, c'est encore plus difficile de les recevoir.
Et tous les jours, même si ça ne vous demande qu'une minute, une seule, vous vous efforcez, vous vous contraignez à aller dans votre zone d'efforts, donc zone de magie.
Vous musclez votre confiance comme on muscle un biceps, un triceps, un dos, des pectoraux, des cuisses ...
Et bien, tous les jours, vous sollicitez votre confiance, vous la renforcez et vous devenez un aigle.

 

Cessez d'espérer

Sud Radio, la Minute du coach

 

Pablo :  Il est là, fidèle au poste, pour partager avec vous des trucs, des astuces et on va au-delà, on essaie d'améliorer le quotidien des auditeurs. Je pense que chacun peut se reconnaître au travers des séquences réécoutables sur sudradio.be.
On a de la matière. Vous pouvez passer des heures entières à écouter Fabian Delahaut et à apprendre à évoluer.

Fabian :  Et à voler avec les aigles. Merci Pablo pour cette belle introduction encore.
Il y a de très nombreuses années, André Comte-Sponville, philosophe français contemporain, a publié un ouvrage très intriguant : “Le mythe d'Icare”, ou encore : “Traité de la béatitude et du désespoir”.
Ce que j'ai trouvé fascinant dans son propos …
C’est un livre ardu, ce n’est forcément un livre que je conseille, il faut quand même être initié à la philosophie, c'est un livre difficile.
Mais en gros, l'idée c'est de "dés-espérer"
Ne pas espérer.
Et c'est vrai que, trop souvent autour de nous ...

Pourtant, excuse-moi de t’interrompre, on dit que l'espoir fait vivre.

C'est une connerie. L'espoir fait attendre, Pablo. L'espoir ne fait pas vivre.
Il fait attendre. Et c'est tout l'intérêt de cette capsule.

C’est une mauvaise expression ?

Comme il y en a plein d'autres, qui sont mauvaises et tendent à faire de nous des moutons qui bêlent et qui jamais ne lève la tête vers les étoiles. Moi je vous propose de lever la tête vers vos étoiles.
Je vous propose de voler jusqu'à vos étoiles, de les toucher et de n’en plus jamais descendre.
Donc je vous propose de dés-espérer.
Cessez d'espérer, ça ne sert à rien espérer !
Ça ne mobilise aucune ressource, ne demande aucun effort. Ça vous fait simplement attendre.
Ça vous fait vous asseoir sur un clou, pour faire référence à une autre Minute du Coach d’il y quelques mois et à attendre que les événements éventuellement changent quelque chose.

On fait quoi ? On agit alors ?

Exactement. Quand vous attendez, l’attente est toujours déçue.
Mais elle vous empêche d'être dans l'action. Donc, à l'instar de Comte-Sponville, je vous dis : “Cessez d'espérer.”
Comme j'ai déjà dit : “Cessez de rêver”.
Le mot “rêve”, comme le mot “espoir”, sont des rêves qui nous dédouanent et nous envoie directement dans le canapé, un peu comme l'Euromillions.
J’attends que, éventuellement, la chance, le hasard changent ma vie. Mais non !
On n'attend pas que le Loto au change quoi que ce soit de sa vie.
De toute façon, un gagnant à l'Euromillions, 3 mois après son gain, il est revenu exactement au même niveau de contentement que 3 mois avant. Il faut quand même savoir ça.
Donc, je vous dis et vous répète une énième fois :
“N'espérez plus, agissez et volez avec les Aigles !”

 

 

Regarder derrière pour regarder devant

Sud Radio, la Minute du Coach

 

Pablo :  Bonjour Fabian.

Fabian :  Bonjour Pablo.

Fabian, de la Eagle Academy.
Merci d'être là pour permettre aux auditeurs d'avancer dans leur vie.

Et de voler avec les Aigles !

N'est ce pas ?
Regarder derrière pour regarder devant, c'est la thématique du jour.

Oui. Dans une précédente Minute du Coach, nous avons évoqué la visualisation, cette technique extraordinaire qui vous permet de vivre le succès mentalement, émotionnellement, avant de le vivre réellement.
Cette visualisation, on l’utilise à des échelles temporelles différentes.
Par exemple, je peux visualiser l'entretien d'embauche, puisqu'on a aussi évoqué cette thématique, juste avant de rentrer dans le bureau du recruteur. Je peux visualiser mon entraînement, je peux visualiser ma course à vélo.
Mais je peux aussi visualiser mon mois, mon semestre, mon année, ma vie.
C'est une grande difficulté, chez la plupart des gens, c'est de se projeter ... Ce n'est pas anodin de le savoir et de le comprendre, pour ceux que ça intéresse : les personnes les
plus riches de la planète sont aussi celles qui ont la plus grande capacité à se projeter loin.
J'ai déjà donné ici, me semble-t-il, la définition du visionnaire.
Un visionnaire, c'est une personne qui voit le futur, le ramène au présent et le traite immédiatement.

Jules Verne ?

Ah oui, par exemple.
Elles voient le futur, elles le ramènent au présent, elles le traitent immédiatement.
Un visionnaire, en gros, il voit ce qui n'existe pas encore.
Dans l'intitulé de la Minute du jour, regarder derrière pour regarder devant, l'idée est la suivante : vous vous projetez à un an d'ici - on va se contenter de 12 mois, c'est déjà une très belle échéance - et vous vous demandez :
“L'année est terminée, les douze mois se sont écoulés, qu'est-ce que j'ai eu envie de vivre, d'accomplir, de réussir au cours de ces douze derniers mois ?”.

Et c'est là qu'on sort sa check list ?

Par exemple. Oui, notez, ne jamais faire confiance à sa mémoire.
Notez parce que le trajet de l'esprit au papier est clarificateur.
Donc vous vous projetez dans un an, et vous vous dites :
“Si dans un an je regarde en arrière et que j'observe l'année qui vient de s'écouler, qu'est-ce que j'ai réussi au cours de cette période, qu'est ce qui s'est bien passé, qu'est ce que j'ai accompli ?”.
Et une fois que vous avez les réponses, vous regardez devant et c'est ça que vous allez accomplir.
C'est une une visitation en deux étapes.

Est-ce que c'est aussi, en somme, tirer les leçons du passé, des erreurs éventuellement commises ?

Alors, entendons nous. C'est un passé fictif, puisque je me projette à un an pour regarder un passé qui n'existe pas encore.
Donc c'est là que c'est un peu “tricky”, comme on dit en anglais, intellectuellement.
Moi j'aime bien cette idée de me dire, à un an : “Est-ce que j'ai réussi mon année ?”.
Mais j'aime bien aussi l'idée de me projeter au soir de ma mort, au moment de l'ultime expiration et de me dire :
“Tiens, quelle est la vie que j'ai eu envie de vivre jusque-là, est-ce que c'est bien cette séquence que je mets en place, est-ce que je m'arrache pour aller au bout de ça ou est-ce que je suis une vache qui rumine dans un champ ?”.

Merci Fabian. Idéaliste ?

Non, pas idéaliste, agisseur.

Merci pour cette Minute du Coach.
Bon vol avec les Aigles !

 

 

Développement Personnel

 

Sud Radio, la Minute du Coach.

 

Pablo :  Il est formActeur, il est chanteur, il est philosophe. Il a plein de cordes à son arc.
Il est aussi aux commandes de la Minute du Coach, sur Sud Radio.
Voici mon ami, Fabian Delahaut. Bonjour.

Fabian :  Merci pour cette belle introduction, Pablo. Bonjour.
J'ai l'impression d'être Robin Des Bois à tes côtés, un personnage qui me fascinait quand j'étais gamin.

C'est une expression qui a le vent en poupe “le développement personnel”, mais c'est quoi précisément, Fabian ?

On va en parler, justement, parce que parfois je ne suis pas toujours sûr que les gens comprennent exactement à quoi cela renvoie.
Je vais tenter de l'expliquer à ma manière, avec la métaphore sportive et plus spécifiquement le développement musculaire.
Si vous allez en salle de fitness, pour gagner en muscle, pour développer votre masse musculaire, impérativement vous devrez continuer votre effort au-delà de la douleur.
Qu'est ce qui se passe ?
Je vais le dire très schématiquement, les experts vont certainement tomber de leur chaise et vont se dire : “C’est qui ce philosophe-acteur qui raconte des niaiseries ?”
Je vais simplifier à outrance pour être pédagogue.
En gros, on casse le muscle, puis pendant la phase de récupération, alors il gagne en volume.
Mais cela ne fonctionne, je le répète, que si je vais au-delà de la douleur.
Si votre coach vous dit : “Voilà, tu vas soulever tel poids à 10 reprises”,
que vous le soulevez à 10 reprises et qu'après la séance, il ne s’est rien passé, vous n’avez même pas eu mal, je peux vous dire que cette série n'a servi à rien. À peine un échauffement.
Donc, je ne peux pas mettre mes muscles en permanence dans l'effort, sinon je vais avoir des déchirures musculaires. Je vais mettre ma santé en danger. Mais le développement de ma masse musculaire passe invariablement par ce seuil de la douleur que je dois dépasser.
Le développement personnel, c'est quoi ?
La même chose, pardi !
Je ne peux me développer qu'en dehors de ma zone de confort.
Dans ce qu'on appelle la zone d'efforts pour les uns, la zone de magie pour les autres qui veulent la renommer ainsi.

Prise de risque, donc ?

Au théâtre, on dit même : “Est-ce que l'acteur se met en danger ?”.
Et c'est bien ça qui est problématique.
Tout à l'heure, une question en off se posait entre nous : la différence entre les gens qui réussissent et les autres ? On pourra revenir sur cette notion-là.
Et bien sûrement que ceux qui réussissent se mettent en danger, prennent un minimum de risques, que les suiveurs …
Donc les leaders prennent des risques, les suiveurs n’en prennent pas ou quasi pas.
On “légume”, on reste dans un environnement qui nous surprotège, qui nous sécurise. Mais on ne tente rien.

Les autres ont une forme d'audace ?

Oui, certainement. Et même de courage. J’aime la notion de courage.
J’en ai déjà parlé ici. Cette notion dont Aristote nous disait que le courage s’apprend.
Le courage, expliquait Aristote, est le juste milieu entre la couardise et la témérité.
Et Churchill - je l’ai déjà expliqué à ce micro - a dit du courage : “c'est la première de toutes les vertus, celle qui détermine toutes les autres.”
Donc oui, le développement musculaire demande du courage. Après une journée de travail, aller en salle de sport et se faire suer, c’est extrêmement exigeant.
Ça implique beaucoup de discipline et c'est plus difficile que de s'allonger dans son canapé.
Le développement personnel, c'est la même chose.
Ce qui veut dire que je ne peux pas être sans arrêt dans l'effort, je dois m'octroyer des phases de repos pour le développement, mais régulièrement je dois être attentif à ça parce que personne ne le sera ma place.
Par exemple, nous aimons les chevaux tous les deux. Si on met un cheval, un crack qui vaut des millions dans une prairie pendant un mois, après un mois on retrouve un cheval qui a une panse de prairie.
Il n'aura pas pris soin de sa condition physique. Certainement pas.
Mais nous pouvons aller aussi loin. Nous ne sommes pas obligés d'attendre que la motivation vienne d'ailleurs.
Je ne pense pas que quelqu'un puisse motiver quelqu'un d'autre.
On peut offrir un environnement propice, mais la motivation, ça part de l'intérieur.
C'est à vous de décider si vous êtes un leader ou un suiveur, si vous pouvez transpercer votre zone de confort.
À bientôt les amis.

 

Combien de livres faut-il lire dans sa vie ?

 

Sud Radio, la Minute du Coach.

 

Pablo :  Bonjour Fabian.

Fabian :  Bonjour Pablo

On va parler de lecture.
Combien de livres faut-il lire dans sa vie ? Pour être intelligent ?

Par exemple.

Quel type de livres aussi ?

Il y a de ces dictatures et de ces fanatismes qui me crispent, mon cher Pablo.
Par exemple, aujourd'hui, dans une certaine tribu d'entrepreneurs, il faudrait presque croire que l'entrepreneur moderne, de facto, il est végétarien ou vegan. Il fait de la méditation. Il fait du sport, des arts martiaux. Et évidemment, il est heureux.
La dictature ambiante du bonheur m'agace.
Même si ça fait partie de l'ADN de mon entreprise, de la Eagle Academy,je trouve que ça devient finalement culpabilisant d'expliquer à tout un chacun qu'il est censé être heureux et que, bon sang, s’il ne l'est pas, quelle catastrophe !
J'ai déjà expliqué à ce micro que nous ne sommes pas tous équipés de la même manière et par rapport au bonheur non plus. Point 1.
Point 2 : dans cette même tribu, cela la dépasse largement, il est entendu, il est convenu aussi que la lecture est un incontournable : nous devrions tous lire !

C’est de bon ton ?

Mais oui, c’est de bon ton. C'est la moindre des choses.
“Tu ne lis pas, tu n'es pas un lecteur, oh là là, au secours, mais que vas-tu devenir ?”
Je ne vais pas cracher dans la soupe. Je suis un lecteur. J’ai fait des études de philosophie, c'est difficile d'aller au bout d’études de philosophie si vous ne lisez pas un minimum.
Mais ce qu'on sait moins, c'est que, de nouveau, nous ne sommes pas à égalité sur ce plan.
La plupart des gens s'imaginent qu'on devient lecteur parce que, par exemple, notre environnement est propice. Vous avez un père qui lit, une mère qui lit, une tante qui lit, ... Et que donc cet environnement fait de vous un lecteur. Mais en fait, c’est faux.
On s'est aperçu que, là encore, la génétique avait son mot à dire. Donc si vous n'aimez pas lire, ça peut très bien se comprendre.
Ce qui ne veut pas dire que je vous décourage de lire, pas du tout. Ce n'est pas le sujet.
Je suis simplement en train de vouloir tenter de vous déculpabiliser. Mais j'espère, malgré tout ça, vous donner le goût de la lecture.
Quant à savoir combien de livres lire...
Alors certainement c'est beaucoup plus intellectuellement ébouriffant de lire que de regarder la télévision, en tout cas ça dépend ce que vous lisez.
Et certainement lire de grands romans, on parlait en off de “À la recherche du temps perdu”, de Marcel Proust.
Enfin, il y a des tas de romans extraordinaires et exceptionnels qui méritent d'être lus.
Et cela développe, je l'ai déjà expliqué, des synapses, donc des connexions entre les neurones, c'est vrai.
Cela dit, quand on pense aux livres qui ne sont pas de la littérature, qui ne sont pas des romans, des livres par exemple de développement personnel ou des livres sur votre métier, sur l'activité qui vous permet de subvenir à vos besoins, et bien là je vais vous dire :
“Il vaut mieux lire 1 livre et en faire quelque chose que 50 et n'en rien faire du tout.”

Je vais me permettre de glisser dans la conversation. Si vous avez l'occasion de le trouver et de l’acheter, lisez surtout “Le crime de l'orateur” de mon ami Fabian Delahaut.
Bon vol avec les Aigles.

Merci Pablo.

 

Comparaison n'est pas raison

 

Sud Radio, la Minute du Coach.

 

Pablo :  Merci de nous suivre ici et via le replay, à votre disposition 24 heures sur 24, 7 jours sur 7, sur sudradio.be.
Vous pouvez y réentendre les précédentes séquences de la Minute du Coach.
Et il y a de la matière, n'est-ce pas Fabian ?
Bonjour.

Fabian :  Bonjour.

Comparaison n'est pas raison.

Oui. Je vais vous raconter une histoire.
C’est une vidéo, que j'aime bien montrer en formation, où on voit - c'est une expérience en laboratoire - deux singes capucins qui sont dans deux cages contiguës.
Ils sont tous les deux livrés à la même tâche. Ils ont exactement les mêmes opérations à effectuer, il y a une dame qui leur donne un petit caillou à travers les barreaux de la grille.
Au tout début, tout se passe bien.
En guise de récompense, de cadeau …

Des cacahuètes ?

Non, justement pas, c’est ça qui est intéressant.
Le singe capucin de gauche reçoit un morceau de concombre. Un concombre, en gros, c'est de l'eau, ça n’a pas beaucoup de saveur, mais ça lui va. Il continue d'effectuer cette tâche et de recevoir son morceau de concombre.
Jusqu'au moment où son voisin, effectuant exactement la même tâche, reçoit lui un grain de raisin.
C’est autrement plus sexy et savoureux qu'un morceau de concombre.
Et vous voyez le premier singe qui donc se compare - comparaison n'est pas raison - et qui devient complètement fou, qui prend le morceau de concombre, qui le jette.
Le deuxième morceau de concombre, il le jette aussi. Il secoue les barreaux de sa cage.
Donc c'est drôle. Mais quand on se met dans les chaussures, qu'il n'a pas, du singe, ce n’est pas si drôle que ça, parce que pour lui c'est une déflagration.
Ce que je trouve que ça illustre bien, c'est à quel point la comparaison nous rend malheureux.
Quand vous vous comparez à l'autre, vous êtes toujours malheureux. Il y a toujours quelqu'un qui a plus, qui est plus, qui est plus grand, qui est plus beau, …

C’est tellement injuste.
C’est le syndrome de Calimero, ça ?

Un peu, oui. Mais quand vous comparez à vous-même, il y a 10 ans ou 20 ans, quand j'étais plus jeune, quand ceci, quand cela, ou quand vous comparez à la personne que vous auriez eu envie de devenir, …
Dans tous ces cas de figure, cela va aboutir à une frustration.
Il y a une autre étude. Je n'ai pas les chiffres en tête, je vais donner des chiffres indicatifs, mais je trouve ça très interpellant.
On avait demandé à un groupe de gens s'ils préféraient gagner 100 000 euros par mois et que, autour d’eux, leurs proches gagnent 50 000 euros ou s’ils préféraient gagner 150 000 euros et qu'autour d'eux leurs proches gagnent 200 000 euros.
Eh bien, tu te doutes, Pablo de la réponse de la vaste majorité.
Elle était en faveur de la première solution : je préfère gagner moins, c'est à dire 100 000 et non 150 000 mais qu’autour de moi, les gens gagnent 50 plutôt que 200.
Une fois de plus, c'est mon rapport à l'autre qui m'intéresse.
Ce qui est très intéressant par rapport à la question première que vous vous posez quand vous faites n'importe quel achat, que vous achetez une voiture, un appartement de vacances ou une boîte de raviolis.
Pablo, est-ce que tu sais quelle est la première question que tout un chacun se pose (c’est inconscient, le plus souvent) ?
“Est-ce que cet achat renforce mon statut social ? Est-ce que cela renforce mon intelligence sociale ?”
C'est la première question qu'on se pose.
Pour une voiture, on se doute. Pour un appartement de vacances, on se doute. On aime bien étaler ses vacances sur les réseaux sociaux, dire qu'on va aux quatre coins du monde. C’est bon pour l'estime de soi.
Pour une boîte de raviolis, c'est un peu moins attendu.
C'est mon ami et neuromarketeur, neuroscientifique, Romain Bouvet, qui m'a éclairé sur cette question. Je l’ai trouvée fascinante.
Je vous invite, pourquoi pas, à vivre de saines émulations mais à ne pas vous comparer.
Profitez de l'instant présent et volez avec les Aigles.

 

Une technique en 4 étapes pour écouter

 

Sud Radio, la Minute du Coach.

 

Pablo :  Salut Fabian.

Fabian :  Salut Pablo.

La séquence du jour s'appelle “Une technique en 4 étapes pour écouter.”

Très sincèrement, si j'avais pu, je l'aurais intitulée : “Eric, Erac, on va sketter l’baraque.”
Parce que je suis Montois, que j'aime revendiquer ça et parce que je suis fan du Doudou.

Est-ce qu’il existe une équivalence pour les Carolos qui nous écoutent ? Les Mouscronnois ? Et les Tournaisiens ?

Le Doudou n'a aucune équivalence, je vais être très chauvin, mais par contre “Eric, Erac” je pense qu'ils connaissent aussi à Charleroi et à Mouscron.
Pourquoi “Eric, Erac” ?
Parce que l’écoute, on en parle énormément sur les réseaux sociaux, souvent ça pleut, “écoutez l'autre”, etc...
On nous raconte aussi que les meilleurs vendeurs de la planète sont des gens qui sont dotés d'une grande empathie. Mais ça c’est archi-faux.
Les meilleurs vendeurs sont des psychopathes en réalité. C'est à dire qu'ils n'ont pas d'empathie, qu'ils appliquent les techniques de manière stricte.

Ce sont des pitbulls ?

Oui, complètement. Mais ça ne fait pas plaisir de dire ça donc on préfère se raconter de jolies histoires telles que : “les bons vendeurs sont à l'écoute et plein d'empathie”.
On aime en général se raconter des histoires de princes charmants.
C'est comme se dire que les personnes qui réussissent dans la vie sont des belles personnes, qui sont généreuses, …
Je ne dis pas qu’il n’y en a pas, mais je dis que, le plus souvent, les gens qui trustent les hauts postes dans les grandes entreprises, ceux qui ont des succès financiers et statutaires très importants, le plus souvent ce ne sont pas des gens doués d'empathie et dotés d'empathie.

Ils sont opportunistes, peut-être ?

Disons qu'ils n'hésitent pas à couper des têtes.
Mais c'est aussi vrai dans le show-business que tu connais si bien.
Un jour, un producteur m'a dit, il m'avait entendu chanter : “C’est très bien ce que vous faites, vraiment, très très bien. Vous êtes bon sur scène, vous avez une bonne voix, de bonnes chansons.”
Je me dis : “Il va me faire signer un contrat !”
Et il me dit : “Vous êtes prêt à tuer quelqu'un pour y arriver ?”
Je balbutie.
Il répète : “Vous êtes prêts à tuer quelqu'un pour y arriver ? Vous êtes trop gentil, Monsieur, vous êtes trop sensible, ça se voit tout de suite.”
Ma carrière de chanteur s'est arrêtée ce jour-là. D'ailleurs tu n'étais pas loin.

On parlera des bons vendeurs une prochaine fois, alors, peut-être ?

On revient à l’écoute alors, si tu veux bien, si on prend quelques minutes.
Donc, pour bien écouter, parce que si les meilleurs vendeurs sont des psychopathes, on n'est pas obligé d'être psychopathe nous-mêmes - d’ailleurs on ne décide pas - et ça ne doit pas nous priver d'être à l'écoute de l'autre.
Mais à l’écoute vraiment de l'autre.
A l'écoute dans l'instant présent.
Pas “je t'écoute parler et pendant que tu me parles, je réfléchis déjà à ma réponse.”
Donc, écoutez non pas pour répondre, mais écouter pour comprendre.
La technique en 4 étapes que je propose s'intitule E.R.I.C.
“E : j'écoute”.
J'écoute et je te regarde.
J'ai le corps ouvert. J’opine du bonnet, éventuellement, Je souris pour t’encourager à t’exprimer. Je ne te coupe pas, sauf si tu as la diarrhée verbale, ce qu'on appelle la logorrhée.
Sinon, je ne te coupe pas. Quand tu as terminé de t'exprimer, je laisse un léger silence pour être bien sûr que j'ai tout reçu.
Un peu comme si j'imaginais que j'appuie sur “Enter” sur mon clavier d'ordinateur ...
Puis je reformule : “Si je te comprends bien, Pablo, …” et je redis ce que j'ai compris.
Et je termine cette reformulation avec une question du type : “C'est bien ça ?”
L'autre peut alors rectifier le tir, si je n’ai pas exactement bien compris sa demande, ou donner un éclairage nouveau parce qu'il s'aperçoit que j'ai perçu une partie de ce qu'il m'a dit mais pas tout.
Donc “E : Écouter”.
“R : Reformuler”.
“I : Interroger”.
Parce que fatalement il nous manque des détails, alors je vais te demander : “Qu'est ce que tu entends exactement par … ?”
Cette question-là ou ces questions-là vont permettre de creuser davantage.
Et je continue de t'écouter mais avec neutralité.
Je ne suis pas en train de dire quelque chose du style : “Qu'est-ce que tu penses des gens qui mangent de la viande ?”, qui est effectivement une question ouverte, on est d'accord, mais qui dit d'emblée, dans son sous-texte : “Moi, je suis contre les carnivores.”
Non, je dois rester complètement neutre, disponible, curieux, ouvert.
C’est ça être à l'écoute.

Sans être dans le jugement ?

Exactement, c'est le mot juste. Pas de jugement.
Je suis disponible pour ta vérité à toi. Je suis disponible pour écouter ce qu'on appelle, ou regarder, observer, ta carte du monde.
J'ai ma carte du monde. Tu as ta carte du monde.
Mais dans aucun des deux cas ce n'est le monde.
Une carte, une carte géographique, c'est une représentation d'un territoire. Mais ce n'est pas le territoire.
La carte, jamais, n’est le territoire.
“C : je Conclue.”
Éventuellement, alors, je donne mon avis.
Mais, jusqu'à présent, je ne l’ai pas donné encore.
Une conversation de comptoir, de bar, ce n'est pas du tout comme ça que ça se passe. On s'interrompt sans arrêt.
Les bons journalistes, ils ne sont pas très nombreux, ils n'interrompent pas, ou très peu, les personnes qu'ils interviewent.
Mais ça, ça peut faire l'objet d'une autre capsule.